Le lac du Der-Chantecoq ou lac-réservoir Marne (souvent abrégé en lac du Der) est un lac du nord-est de la France. Il est situé dans la région Grand Est, à la limite des départements de la Marne et de la Haute-Marne. Conçu pour protéger Paris des inondations, le réservoir-Marne dit "lac du Der-Chantecoq" a pour but de renforcer le débit de la Marne en étiage et d'en atténuer l'ampleur des crues. Il doit son nom à la fois au pays du Der, région naturelle où il est implanté, et au village de Chantecoq qui fut détruit avec ceux de Champaubert-aux-Bois et Nuisement-aux-Bois lors des travaux de réalisation du lac dans les années 1960 et 1970 . Sa capacité nominale est de de . Avec une superficie de, c'est le plus grand lac artificiel d'Europe , en excluant les lacs de barrage. Il est par ailleurs le plus grand lac artificiel de France métropolitaine, toutes catégories confondues .
Le lac se situe en Champagne humide, dans la région du pays du Der, dans le Perthois, à l'emplacement d'une ancienne plaine marécageuse couverte d'une importante forêt de chênes, d'où provient le nom Der (du celte dervos, « chêne ») . Au cœur de la région Grand Est, à cheval sur les départements de la Marne et de la Haute-Marne, le lac du Der est à de distance de Saint-Dizier et de Montier-en-Der, de Vitry-le-François, de Reims et de Paris . En contrebas des de digues qui entourent le lac se trouvent les villages de Giffaumont-Champaubert (au sud) et Sainte-Marie-du-Lac-Nuisement (au nord). Le lac s'étend aussi sur le territoire des communes d'Arrigny, Larzicourt, Éclaron-Braucourt-Sainte-Livière et Châtillon-sur-Broué. À proximité, s'étendent le bois Sécant, celui des Moines et celui de l'Argentolle ainsi que la forêt domaniale du Der ; on y trouve également les étangs des Landres, du Grand-Coulon et de la Forêt. Le lac du Der est peu profond puisqu'il atteint une profondeur maximale de pour une moyenne de quatre à sept mètres . Malgré la présence de plusieurs presqu'îles : celles de Larzicourt, de la Cornée, de Nemours et de Champaubert, le lac ne possède qu'une seule île, celle de Chantecoq.
Le lac est alimenté en eau par deux canaux : un principal, le canal d'amenée Marne, long de et par un canal secondaire, celui de la Blaise. Cette eau est ensuite rendue aux rivières par des canaux de restitution, celui de la Marne mesurant . En hiver et au printemps, pour assurer sa mission de régulation des deux rivières, l'eau est prélevée pour l'étiage alors qu'elle est au plus haut, dans le but de prévenir les crues. Si une crue importante se prépare, un niveau supplémentaire d'eau est puisé dans les deux cours d'eau. Le lac se remplit ainsi peu à peu entre le novembre et le 30 juin. Il est ensuite vidangé entre le juillet et le 31 août : une partie des eaux du lac est restituée à la Marne et à la Blaise pour venir en aide aux rivières qui sont alors à leur niveau d'étiage. Cette action s'appelle le « soutien d'étiage ». Le novembre, le lac est presque vide, il n'y reste que la « tranche morte », volume indispensable à la survie des poissons, et une tranche de réserve pour prolonger la vidange en cas d'étiage important . La partie du lac alors immergée se transforme en d'immenses vasières attirant de nombreux oiseaux, tels les limicoles . Le niveau de l'eau du lac du Der varie donc en fonction des besoins de la Marne et de la Blaise . Tous les dix ans, il est procédé à une vidange décennale complète qui permet l'examen des ouvrages immergés. Lors de cette vidange, les deux bassins nautiques, séparés par des digues du réservoir principal, sont conservés au niveau maximum atteint l'année précédant l'opération, et ce afin de disposer d'une réserve d'eau utilisable en cas de besoin . La dernière vidange décennale a eu lieu en 2003. La gestion du niveau du réservoir, des retenues ou des lâchers d'eau de la Marne et de la Blaise incombent à Grands lacs de Seine, organisme public interdépartemental chargé de protéger la Seine de crues telles qu'en 1910 .
Le climat du pays du Der se situe entre le climat continental et l'océanique dégradé. Même si les jours de pluie, de neige, d'orage et de brouillard sont plus fréquents qu'au niveau national, les températures moyennes y sont assez douces, malgré un record de froid à datant de février 1956 et un record de chaleur en août 2003, durant la canicule, à plus de .
Suite aux importantes crues de la Seine à Paris en 1910 et 1924, l'État décida de désengorger le fleuve et ses affluents. Ainsi, en 1938, fut construit un premier lac-réservoir à Champaubert-aux-Bois de, sur la Blaise. Cette partie du lac est aujourd'hui appelée le Vieux Der. Entre 1952 et 1974, l'Institution interdépartementale des barrages-réservoirs du bassin de la Seine (IIBRBS) qui gère aujourd'hui le lac, projeta puis mit en place la création d'un immense lac-réservoir. Le projet fut fortement contesté par les habitants du pays du Der. En effet, pour la réalisation du plan d'eau, il fallut détruire des hectares de forêt, des fermes, des étangs et trois villages : Chantecoq, Champaubert-aux-Bois et Nuisement-aux-Bois . Construit depuis 1967, le lac du Der-Chantecoq est inauguré le 3 janvier 1974 par le ministre de l'équipement de l'époque, Robert Galley. De nos jours, il ne reste des trois communes englouties que l'église de Champaubert, aujourd'hui sur la presqu'île de Champaubert. La mairie-école, l'église et son cimetière, la maison du forgeron ainsi qu'un pigeonnier de Nuisement-aux-Bois, ont, quant à eux, été reconstruits au musée du pays du Der à Sainte-Marie-du-Lac-Nuisement . Le 7 mai 2013, le lac du Der-Chantecoq s'est remplit de manière exceptionnelle. À, le volume d'eau potentiellement absorbable de la crue du Lac d'Orient a atteint sur les d'étendue d'eau maximal. Le prélèvement a été arrêté à .
Le lac du Der est classé en Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage (RNCFS ) depuis 1977 . Il s'inscrit sur le plan régional dans une immense mosaïque de zones humides - couvrant notamment du nord au sud, les étangs d'Argonne, les gravières du Perthois, l'étang de la Horre et les lacs Aubois - appelée Champagne humide. L'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) est le gestionnaire de cette réserve constituée des étangs périphériques. À ce titre, il définit et met en œuvre les actions et suivis nécessaires à la préservation du site, à travers un document cadre, le plan de gestion, révisé tous les cinq ans. La préservation du site passe par le respect de quelques règles de bonne conduite. Il est notamment interdit de pénétrer dans les zones de quiétudes ; camper hors des sites prévus à cet effet ; faire du feu ; déposer des déchets ; chasser ; promener les chiens sur les étangs d'Outines et d'Arrigny, les tenir en laisse au niveau du lac. Situé sur l'un des principaux axes migratoires français pour les oiseaux, ce site est reconnu pour son importance ornithologique majeure, puisqu'il est un lieu de reproduction, d'hivernage ou une étape dans la migration de nombreux oiseaux. On y dénombre plus de 200 espèces, dont certaines sont protégées. À ce titre, le lac du Der est également classé zone spéciale de conservation par le réseau Natura 2000 depuis septembre 1986 sur une superficie de . Il est surtout connu pour les nombreuses grues cendrées (Grus grus) (jusqu'à 70000 ou 80000) qui y font escale, chaque année, au cours du mois de novembre. Près de la moitié des 230000 grues qui traversent la France feraient étape sur le lac . Le 11 novembre 2014 au Lac du Der en Champagne (France), le stationnement de grues cendrées (Grus grus) sur le site est impressionnant. 206 582 grues cendrées (Grus grus) ont été comptabilisées au départ des différents dortoirs par les bénévoles de la LPO CA. De plus, 45 espèces de libellules, 40 mammifères et 20 amphibiens vivent aux abords du lac. On y trouve également plus de 200 espèces de végétaux. Le Conservatoire botanique national du bassin parisien a introduit à titre expérimental sur les rives du lac en février 2010 une population de Sisymbre couché (Sisymbrium supinum) . Le grèbe huppé (Podiceps cristatus), le héron cendré (Ardea cinerea), le faucon crécerelle (Falco tinnunculus), la sterne pierregarin (Sterna hirundo), l'oie cendrée (Anser anser), le pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla), la grande aigrette (Ardea alba) et la grue cendrée (Grus grus) sont les principaux oiseaux qui peuplent le lac . On y trouve également plusieurs espèces de bécasseaux, canards, chevaliers, cigognes, courlis, cygnes, faucons, foulque, fuligules, goélands, grèbes, hérons, mouettes, oies, plongeons, etc. Des observatoires ont été construits sur les sites de Chantecoq et Champaubert, ainsi qu'aux abords des étangs voisins, pour faciliter l'observation de cette riche avifaune . De nombreux poissons vivent dans les eaux du Der. On y recense quinze espèces de poissons blancs, parmi lesquelles le gardon et la tanche, et neuf de poissons carnassiers, tels le brochet, le sandre ou encore la perche. C'est la pêche à la carpe, qu'elle soit miroir, commune ou bien cuir, qui donne au lac une renommée européenne . Le lac accueille également d'autres espèces animales tel le cuivré des marais (Lycaena dispar) .
En 2005, le lac du Der a attiré, ce qui en fait la deuxième destination touristique de la Marne, après Reims. Cette même année, environ 70000 personnes ont visité les plages du lac et 65000 ont utilisé les pistes cyclables à ses abords . Plus de 70 % des vacanciers étaient français, 24 % provenaient de Lorraine. Les premiers visiteurs étrangers étaient les Belges, venaient ensuite les Britanniques et les Néerlandais . L'office de tourisme du Der, appelé Maison du Lac, est situé à la Station Nautique de Giffaumont .
Le lac est accessible par la route départementale 13 en provenance de Vitry-le-François, par la route départementale 384 depuis Saint-Dizier, par l'itinéraire formé par les routes départementales 153 et 4 et la RN 67 lorsque l'on vient de Wassy, Joinville, Chaumont, Dijon et par la route départementale 12 lorsque l'on vient de Montier-en-Der. L'aérodrome le plus proche est celui de Vitry-le-François - Vauclerc. La gare SNCF la plus proche est celle de Saint-Dizier. Il dispose de trois ports de plaisance : le port de Nemours, le port de Nuisement et la station nautique de Giffaumont, ces ports ayant obtenu le label pavillon bleu . Il est possible d'y pratiquer la baignade sur les six plages aménagées, la pêche, plusieurs sports nautiques, tels la planche à voile, le motonautisme ou encore le ski nautique. On peut aussi y faire de la randonnée pédestre sur les quelque de chemins balisés et de pistes cyclables, créés pour faire le tour complet du lac en ou pour relier celui-ci à Saint-Dizier, le long du canal d'amenée Marne, sur . De nombreux campings, hôtels ou chambres d'hôtes permettent de dormir aux environs du lac, certains campings se situant à quelques centaines de mètres des plages . Une partie des visiteurs y séjourne en camping-car, sur les parkings prévus à cet effet, comme au site de Chantecoq par exemple .
Le pays du Der est aussi connu pour ses édifices religieux à pans de bois, comme l'église de la Nativité de la Vierge à Châtillon-sur-Broué. Une route touristique des églises y a été créée pour découvrir ces bâtiments datant des, . Parmi les églises des trois villages engloutis, seule Saint-Jean-Baptiste de Nuisement-aux-Bois était à pans de bois ; elle est conservée aujourd'hui au musée du pays du Der . Ce musée, ouvert depuis 1999 et situé à Sainte-Marie-du-Lac-Nuisement, décrit au visiteur l'histoire du lac et lui fait découvrir les conditions de vie, les anciens métiers et l'architecture d'un village champenois d'autrefois . À proximité du lac, on peut découvrir le haras national de Montier-en-Der, le Musée Protestant et l'église romane de Wassy, ainsi que les villes de Bar-le-Duc, Saint-Dizier et Vitry-le-François. Plus loin, le parc naturel régional de la forêt d'Orient regroupe un ensemble de lacs artificiels, eux aussi créés pour réguler les crues de la Seine.